Vanessa se sentait mal, très mal. Elle errait dans les rues de Londres, fatiguée, désespérée, égarée. Elle ne savait pas où aller, elle ne savait pas quoi penser, elle ne savait plus quoi faire. Et plus elle avançait dans la nuit noire, plus les paroles de Jesse raisonnaient dans sa tête. Plus son sourire la hantait...Elle se sentait tremblante, chancelante. Mal...
Dans la rue sombre éclairée par une dizaine de lampadaires alignés, elle distingua un bar plein de vie, accueillant. Elle se trouvait près de l'hôpital. Elle avait envie d'oublier, de tout oublier...De noyer son chagrin dans l'alcool, de repousser ses désillusions perdues, et le fait que malgré tout, elle avait beau lutter, elle restait cette petite fille fragile qu'elle avait toujours été.
Elle respira un grand coup, et se dirigea vers le pub. Elle n'était jamais entrée dans un pub ; pourtant, elle avait toujours vécu à Londres. Elle s'était contentée de rester dans les quartiers riches, de fréquenter Top Shop et à l'occasion de s'aventurer sur Porto Bello Road. Elle s'était bien, une fois, hasardée à prendre le métro pour se rendre à Candemn, curieuse. A peine avait elle mis un pied dehors qu'elle avait appelé le chauffeur de son père en urgence et s'était rendu dans le Commissariat le plus proche en l'attendant.
Elle se trouvait ridicule, elle détestait être de ces bourges indignés par la pauvreté. Vanessa Hudgens était jeune, elle n'avait qu'une vingtaine d'années. Pourtant, elle était une vraie mémé dans sa tête, dans ses petites habitude et sa petite vie bien réglée. Après tout, peut-être que Jesse avait recherché un peu d'exotisme...Elle pouvait le comprendre. Ashley était son exact opposé, une Marie couche toi là qui s'assumait complètement. Elle enchaînait les fêtes, prenait cuite sur cuite et couchait avec n'importe qui. Vanessa était une petite prude coincée, et elle le savait.
Et ce soir serait le soir où les choses allaient changer.
Elle entra dans le pub, le c½ur battant la chamade. A l'intérieur, elle fut rapidement asphyxiée par la fumée, et fut prise d'une toux insupportable. Elle ne sentait pas à sa place. Les gens parlaient fort, la musique était assourdissante, sa tête commençait à tourner. Et plus elle tournait, plus elle était mal ; et plus elle était mal, plus elle tournait, encore et encore...Elle s'appuya difficilement contre une table haute, le temps de reprendre sa respiration et d'agiter quelques secondes ses jambes tremblantes. Elle inspira longuement, et se dirigea vers le bar, où elle s'isola.
« Qu'est-ce que je vous sert mademoiselle ? », demanda le serveur.
« Quelque chose de fort. De l'alcool », répondit Vanessa, toujours tremblante.
« Carte d'identité s'il vous plait », dit d'un ton sec le barman en la regardant bizarrement.
« Quoi ? Parce que vous pensez que je ne suis pas majeure ? », s'indigna la jeune femme.
Le serveur la dévisagea quelques secondes, en la détaillant de la tête aux pieds. Son regard mis Vanessa considérablement mal à l'aise, elle se sentait profondément godiche. Elle portait une jupe blanche longue avec une tunique noire par-dessus, et ses cheveux étaient liés en une queue de cheval qui n'avait rien de sexy. Elle soupira doucement, et commanda tout de même une Tequila frappée.
Elle prit son sac et traversa la salle principale à la recherche de toilettes. Elle observait les gens en même temps. Certaines jeunes filles ne devaient pas avoir seize ans, et elles ne portaient presque rien. Elles ingurgitaient l'alcool directement à la bouteille, se la passant. Elles n'avaient visiblement pas peur d'attraper une hépatite C. Vanessa grimaça. Elle sentait les regards moqueurs des hommes se poser sur elle, elle la petite bourgeoise endimanchée qui n'était pas à sa place.
Elle poussa difficilement la porte des toilettes, et se retrouva nez à nez avec un jeune couple qui s'acharnait sur le distributeur de préservatifs. Gênée, elle les préféra les ignorer et s'appuyé contre un lavabo excessivement sale, en se regardant dans le miroir. Elle ne ressemblait à rien. A côté d'elle, plusieurs jeunes filles retouchaient leur maquillage. Vanessa les enviait. Elles étaient jolies, peu habillées, et elles revendiquaient fièrement leur nudité provocatrice. Timide, elle tapota l'épaule de l'une des demoiselles, et lui demanda un mascara. Sa voisine la dévisagea, l'air moqueur, et finit par lui prêter son maquillage, avant de chuchoter quelques mots à ses amies qui s'empressèrent de rire en jetant un coup d'½il à Vanessa.
Une autre flopée de jeunes filles pénétra dans le miteux ladies'room, et s'installa à son tour devant les miroirs. Vanessa les observait les yeux écarquillés, comme si elle voyait une femme pour la première fois. Celles-ci avaient sorti tout un tas d'instruments que Vanessa ne connaissait pas : recourbe cil, eye-liner, blush, etc...La seule chose qui lui était familière était le petit ciseau. Une des jeunes filles s'en servit justement pour étayer sa frange, puis le reposa, satisfaite.
Vanessa inspira longuement à nouveau, puis détacha ses cheveux, les laissant onduler sur ses épaules. Elle leur donna un peu de volume, puis s'occupa de ses vêtements. Sa tunique était beaucoup trop courte pour enlever sa jupe, elle couvrait à peine ses fesses. Elle décida alors d'emprunter les ciseaux, et fit un petit accroc au niveau du milieu de sa cuisse, avant de planter les ciseaux dans sa jupe et de s'acharner à couper quelques centimètres. Une fois assurée que la déchirure était assez droite, elle tira un bon coup en y mettant toute sa robe, et se retrouva avec la moitié de sa jupe dans les mains. Elle répéta l'opération plusieurs fois, avant de pouvoir enfin enlever tout le surplus de tissus qu'elle fourra dans son sac. Elle se regarda à nouveau dans le miroir, tournoya sur elle-même en faisant virevolter ses cheveux, et s'arrêta, satisfaite. La tête haute et le sourire aux lèvres, elle quitta les toilettes et reprit sa place au bar, sous le regard autrement moins moqueur de la gente masculine.
Elle s'assit, sous le regard sidéré du barman, et bu une grosse gorgée de son verre. Il s'en suivit une grimace hors du commun tant l'alcool lui brûlait la gorge. Mais ce soir, elle se lâchait. Elle se força à en reprendre une ou deux gorgées, mais une vaste vague de cris attira son attention. Elle se tourna vers une table servant d'accoudoir à des hommes, essentiellement, et quelques femmes. Ils avaient l'air plus vieux qu'elle. Une jeune fille venait de faire son apparition, suivi d'un homme qui était particulièrement beau. A peine avait-il mit le pied dans le pub qu'il se fit huer de plus belle. Il leva les mains en signe de cessez-le-feu, et sourit au plus grand plaisir de la population féminine du bar. Vanessa soupira, et se retourna, noyant ses idéaux déchus et ses souvenirs heureux dans le tourbillon incessant qu'elle produisait avec sa touillette. Et elle regardait sa Tequila tourner, et elle avait envie de tourner elle aussi, mais elle restait là, inlassablement assise.
Autour d'elle, l'alcool coulait à flot, la fumée faisait office d'oxygène, et les corps se déhanchaient au centre de la pièce. Elle avait l'impression d'être en boîte. Et autant dire qu'elle détestait ça.
« Un sex on the beach et une vodka s'il vous plait », dit une jeune homme en s'accoudant au bar.
Vanessa tourna si peu discrètement la tête pour le dévisager qu'il se retourna et lui sourit. C'était celui qui venait d'entrer dans le bar, avec celle qui était sûrement sa petite-amie. Il était grand, un bonnet sur la tête, avait une démarche sûre et assurée et des yeux bleus à tomber.
« Arrête de me fixer comme ça, je vais me sentir gêné », lui chuchota t'il à l'oreille en souriant.
Mais la jeune fille ne pu détacher ses yeux de lui, et se mit à rougir.
« Moi c'est Zac », lui avoua t'il en riant.
Il attendait visiblement qu'elle se présente à son tour, mais Vanessa se contenta d'hocher la tête en esquissant un léger sourire, et se retourna de manière à saisir son verre et le terminer.
« Un autre », demanda t'elle autoritairement au barman, qui le lui servit, amusé.
Et Zac s'éloigna, surpris de la non-réaction de cette jeune fille qui paraissait si mystèrieuse...